Recherche sur les cancers : tout s'accélère À l'origine des cancers

RECHERCHE SUR LES CANCERS : TOUT S'ACCELERE | À L'ORIGINE DES CANCERS

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Florence Cousson-Gélie Enseignant - chercheur en psychologie Laboratoire Epsylon Université Montpellier III Les gens vont souvent chercher une cause. Ils ont besoin de donner une cause d’un événement - cancer, maladie – qui dans beaucoup de cas n’a pas de cause identifiée. Donc les gens vont effectivement essayer d’expliquer leur maladie avec des causes externes. Ca peut être un problème au travail, un événement stressant majeur qui a pu expliquer l’apparition de la maladie. Ou ça peut être aussi des causes un petit peu plus internes, c’est à dire, pensant que c’est leur style de vie, qu’ils n’ont pas fait tout ce qu’il fallait ; et donc il peut y avoir une forme de culpabilisation. COM : Cette question, les malades se la posent tous. Qu'ai-je fait pour avoir un cancer ? D'où vient la maladie ? C'est aussi une question centrale pour les chercheurs, des sciences humaines aux sciences de la vie. Olivier Delattre Médecin - chercheur en oncologie Inserm U830 Institut Curie - Paris L’une des grandes découvertes des 30 dernières années a été de comprendre que le cancer avait une origine génétique. Jessica Zucman-Rossi Médecin - chercheur en oncologie Inserm U674 Université Paris Descartes La grande révolution qui a été faite dans la recherche contre le cancer, a été faite il y a à peu près une trentaine d’années, lorsque l’on a découvert que les cellules tumorales – des cellules donc cancéreuses – avaient, en fait, des anomalies des gènes, mais qui étaient uniquement présentes dans la tumeur, pas dans le reste de l’individu. Et donc, ces anomalies des gènes ne sont pas transmises des parents aux enfants, mais restent dans les tumeurs. Olivier Delattre Médecin - chercheur en oncologie Inserm U830 Institut Curie - Paris Au départ, on est formé d’une seule cellule. Et puis cette cellule va se diviser, plusieurs milliards de fois, pour donner l’individu que nous sommes. Au cours de chacune de ces divisions, il peut exister un certain nombre de modifications, ou d’erreurs, ce qui fait que la cellule fille n’est pas forcément, exactement la même que la cellule mère. Et on sait que la grande majorité des cancers, sont des cancers qui ne sont pas héréditaires ; mais sont issus d’une anomalie génétique, qui va être survenue au cours du développement de l’individu. Jessica Zucman-Rossi Médecin - chercheur en oncologie Inserm U674 Université Paris Descartes La révolution vient donc, déjà, de l’identification de ces gènes, qui sont importants pour le développement du cancer. À la fois tout au début, et ensuite dans la progression de ces cancers ; dans leur pouvoir à envahir, par exemple, les tissus avoisinants ; ou d’aller métastaser dans d’autres sites que l’organe de départ. Mais c’est surtout dans le décryptage, finalement, de ces anomalies des gènes, qu’on a assisté à une deuxième révolution, cette fois dans les dix dernières années à peu près, avec le développement des puces à ADN ; et puis surtout maintenant, le développement du séquençage à très haut débit, qui nous permet, en fait, d’aller analyser l’ensemble du génome de cellules tumorales. COM: Si l'on comprend mieux les aspects génétiques des cancers, on cherche également à découvrir les mécanismes qui gouvernent la vie des cellules. Patrick Mehlen Chercheur en biologie cellulaire CNRS UMR 5286 - Inserm U1052 Centre Léon Bérard - Lyon On forme tous, tout un nombre de cancers tous les jours. Tout le monde, vous, moi, avons des petites formations cancéreuses ; des formations qui sont dans 99,99% des cas éliminées. Et toutes nos cellules sont vouées, à un moment donné, à se suicider. Sauf malheureusement, certaines cellules cancéreuses, qui ont décidé de ne pas mourir. Et toute notre recherche fondamentale, pour essayer de comprendre pourquoi elles ne veulent pas mourir, est vouée à essayer de trouver comment on va pouvoir trouver des molécules, des futurs candidats médicalement, qui vont venir réengager cette mort cellulaire. Karin TarteKarin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 Quand vous prenez une cellule cancéreuse, et que vous la mettez dans une boite de culture, généralement, il se produit quelque chose de très simple : elle meurt. Ca, ça veut dire qu’autour d’elle, elle a besoin, dans la tumeur, de tout un tas d’autres cellules, qui vont lui apporter des nutriments, lui apporter à manger, lui délivrer des facteurs exogènes de survie et de prolifération. Et donc, les deux choses sont complètement indissociables : la survenu, certes, d’anomalies génétiques, mais également une modification de cet environnement de soutien, qui va être capable de permettre l’émergence du cancer. Donc les deux aspects sont très complémentaires en fait. Dans un cancer, on a les anomalies strictement génétiques – des mutations, des translocations, des cassures de l’ADN – qui vont conduire à des modifications de l’expression de gènes. Mais on a également des modifications qui ne sont pas du tout génétiques, qui vont être autour de ces séquences, des modifications, notamment des protéines, qui régulent l’accessibilité du génome – donc quand il est accessible, le gène va être exprimé, quand il n’est pas accessible, il ne va pas s’exprimer – et ces modifications là, ce ne sont pas des modifications génétiques, ce sont des modifications épigénétiques. Et ces modifications, elles peuvent être induites par beaucoup de choses, et notamment par le contact avec l’environnement autour de la tumeur. COM : Parmi les nombreuses pistes de recherche explorées ces dernières années, le décryptage des gènes de la tumeur joue un rôle crucial dans la compréhension des mécanismes liés au cancer. Bien d’autres voies sont à l’étude, comme le ciblage de cellules souches cancéreuses ou les recherches portant sur le système immunitaire.