Recherche sur les cancers : tout s'accélère Séquencer, classer et conserver

RECHERCHE SUR LES CANCERS : TOUT S'ACCELERE | SEQUENCER, CLASSER ET CONSERVER

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COM: Pour faire l'analyse des altérations génétiques d'une tumeur, on étudie son génome, c'est-à-dire l'ensemble de ses gènes. Les gènes sont à l'origine d'une succession de réactions chimiques qui aboutissent à la production d'un intermédiaire, l'ARN, puis d'une ou plusieurs protéines. C'est ce qu'on appelle l'expression des gènes. La génomique c'est l'étude de l'ensemble de ces mécanismes. Karin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 Pendant très longtemps en fait, on était très limités ; on disait « je veux regarder l’expression du gène Z-2733 », et donc on faisait une expérience pour regarder l’expression du gène Z-2733. Et puis, il y a eu des révolutions techniques, il y a déjà un certain nombre d’années, qui permettent aujourd’hui, de regarder tous les gênes qui s’expriment à un instant donné dans une cellule. Ce qui fait, qu’au lieu de faire 50.000 expériences, vous en faites une seule, avec laquelle vous êtes capable de regarder tout ce qui s’exprime dans une tumeur. Et généralement, ce qu’on regarde c’est tout ce qui s’exprime dans une tumeur, par rapport à tout ce qui s’exprime dans un tissu normal correspondant. Ca c’est vraiment de la génomique. Olivier Delattre Médecin - chercheur en oncologie Inserm U830 Institut Curie - Paris Il faut se rendre compte que, dans les années 90, la séquence du premier génome humain a demandé, à peu près, 10 ans, des équipes multiples, et plusieurs dizaines de milliards de dollars. Et qu’on est actuellement, à un moment, où le séquençage complet d’une tumeur, va coûter quelques milliers d’euros, et demander quelques semaines. Anne Vincent-Salomon Pathologiste Dpt. Biologie des Tumeurs - Inserm U830 Institut Curie - Paris Pour ce qui concerne le cancer du sein, on vise à séquencer plus de 2000 cancers du sein, ce qui est énorme. Mais ce sera le seul moyen pour avoir un répertoire précis de toutes les altérations moléculaires de toutes les formes de cancers du sein. COM : Anne Vincent-Salomon est médecin pathologiste. Elle participe à un programme de recherche sur le génome des cancers du sein. Un programme international qui vise à décrire 50 types de tumeurs différentes. Lorsqu'un patient est opéré d'un cancer, la première tâche du médecin consiste à analyser les prélèvements effectués au bloc. Elle vérifie que toute la tumeur a été retirée et complète les informations sur la nature de la lésion. En outre, la proximité du bloc permet de prélever dans de bonnes conditions des échantillons de tumeur, pour la recherche, avec l'accord des patients. Anne Vincent-Salomon Pathologiste Dpt. Biologie des Tumeurs - Inserm U830 Institut Curie - Paris Ca nous permet, à nous autres pathologistes, de faire les prélèvements à l’état frais pour les congeler dans un délai le plus court possible, entre le moment où la pièce a été prélevée, et l’examen ici. Les fragments tumoraux et le tissu normal qui entoure la tumeur sont congelés en azote liquide, puis seront transformés dans la banque des tumeurs, qui sont donc ces congélateurs à -80°, dans lesquels sont stockés tous les échantillons prélevés depuis des années. COM: Les échantillons de tumeurs sont conservés dans des centres appelés tumorothèques. Elles contiennent des congélateurs ou des cuves d'azote où sont conservés des échantillons de tumeurs et de tissus sains. Elles représentent un pivot de la recherche en cancérologie. Anne Vincent-Salomon Pathologiste Dpt. Biologie des Tumeurs - Inserm U830 Institut Curie - Paris L’effort de séquençage du génome des tumeurs n’aurait été absolument pas possible si, en France, ne s’était organisé un réseau de tumorothèques. Karin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 En France, on est probablement l’un des pays, où on a les tumorothèques les mieux organisées, et, pour ce qui concerne les lymphomes par exemple, à Rennes, on draine tout le bassin breton, donc un bassin de 3 millions d’habitants. Et tous les patients qui sont sur cette région, lorsqu’ils ont un prélèvement de tumeur pour leur lymphome, eh bien, leur tumeur arrive chez nous, et est stockée dans ces conditions, pour pouvoir, non seulement bien sûr servir au diagnostic, au pronostic, donc à la prise en charge du malade, ça c’est évident - c’est la tumorothèque à visée sanitaire ; mais également, pour pouvoir développer des stratégies de recherche, telles que la génomique, l’étude des micro environnements - et ça ce sont de tumorothèques à visée recherche. Anne Cambon-Thomsen Médecin - chercheur CNRS Inserm U1027 Université de Toulouse Lorsqu’on fait des collections de tumeurs - des tumorothèques - il y a effectivement un questionnement éthique, qui est : « est-ce que les personnes sont au courant et sont d’accords ». Le principe étant que personne n’est, du tout, obligé - il y a une liberté complète – de consentir, ou pas, à une recherche. Et le deuxième aspect, c’est que on peut se retirer de la recherche quand on veut. Et quand on demande à des patients, notamment dans le domaine du cancer, les personnes, souvent, acceptent volontiers ; parce qu’elles savent que les traitements dont elles bénéficient aujourd’hui, sont aussi issus de recherches précédentes, pratiquées avec, finalement, l’aide, le consentement d’autres patients. Et elles acceptent aussi que les recherches qui vont se faire, ne vont pas donner des résultats immédiats, qui leurs seraient nécessairement applicables à elles. Jessica Zucman-RossiJessica Zucman-Rossi Médecin - chercheur en oncologie Inserm U674 Université Paris Descartes Donc il est certain que la constitution de ces collections de très grande qualité, qui ont été faites en France, ont vraiment permis d’avancer beaucoup plus rapidement que dans d’autres pays, dans la recherche qui est basée sur l’analyse des tumeurs humaines.