Recherche sur les cancers : tout s'accélère Mieux cerner les risques

RECHERCHE SUR LES CANCERS : TOUT S'ACCELERE | MIEUX CERNER LES RISQUES

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COM : De nombreux progrès ont été faits dans la compréhension des cancers permettant ainsi de meilleurs traitements pour les patients. De quoi être plus optimiste qu'il y a dix ans. Mais il reste encore beaucoup à découvrir sur les facteurs de risques à l'origine des cancers. Karin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 Le cancer est, comme à peu près toutes les maladies qu’on évoque – sauf des cas très particuliers de maladies – multifactoriel. Et il n’existe pas, aujourd’hui, de cancer qui soit strictement dépendant d’un unique facteur, ça n’existe pas. Isabelle Romieu Médecin – chercheur en épidémiologie Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) - Lyon Chercher une seule cause, je pense que c’est illusoire. C’est comme chercher le médicament, ou l’aliment, qui va vous sauver. Fabrice André Médecin - chercheur en oncologie Inserm U981 Institut Gustave Roussy - Villejuif Dans le cancer, il y a plusieurs facteurs de risques. Donc il y a les facteurs de risques environnementaux, évitables – le tabac, le soleil… - et il y a les facteurs environnementaux non évitables, parce qu’on ne les connaît pas ; et puis il y a les facteurs génétiques. COM : Qu'il s'agisse d'agents liés à l'environnement extérieur, comme la pollution, ou de nos comportements, comme le fait de fumer ou de boire, les chercheurs parlent de facteurs de risques environnementaux.Pour étudier ces facteurs qui ont une influence sur la santé, les chercheurs mènent des études épidémiologiques. Avec les études de cohortes, des individus sont suivis sur plusieurs années. Les recherches portent alors sur une pathologie donnée en fonction d'un risque précis, par exemple le cancer du sein et l'alcool. Pour n'en citer qu'une, l'étude Epic apporte de nombreux résultats. Isabelle Romieu Médecin – chercheur en épidémiologie Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) - Lyon L’étude Epic est une large étude de cohortes européennes, qui inclue 10 pays et 23 centres, et plus de 500.000 personnes, qui ont commencé à être suivies dans les années 92, jusqu’à l’heure actuelle. Et dans laquelle toutes les maladies chroniques ont été enregistrées, ainsi que les facteurs de risques liés à ces maladies, et en particulier à l’alimentation. COM : Certains facteurs de risque de cancers sont désormais bien connus comme le tabac ou l'alcool. Mais d'autres sont peu à peu découverts. Anne Vincent-Salomon Pathologiste Dpt. Biologie des Tumeurs - Inserm U830 Institut Curie - Paris Pour les cancers du sein, certains paramètres environnementaux commencent à être nettement identifiés. Karin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 Les lymphomes, dans leur ensemble, c’est la 7ème cause de cancer en France, à la fois en termes de fréquence et de mortalité. C’est pas le cancer du sein, mais ce sont quand même des cancers fréquents. Et leur fréquence augmente, sans qu’on sache très bien pourquoi, depuis trente à quarante ans. Il y a un effet du vieillissement de la population, bien sûr, comme pour tous les cancers, mais probablement d’autres facteurs environnementaux, que l’on ne maîtrise pas totalement. Et il a quand même été démontré récemment, que certaines cellules qui sont probablement les précurseurs des lymphomes, sont trouvées à des taux plus élevés chez les agriculteurs exposés aux pesticides. Ca ne veut pas dire que les pesticides donnent des lymphomes. Ce que ça veut dire, c’est qu’il faut effectivement, maintenant, mieux identifier des facteurs de risques associés à l’environnement, et qui pourraient concourir, avec le vieillissement de la population, à l’accroissement de ces pathologies. Com : A l'inverse, les recherches épidémiologiques permettent aussi de déterminer des comportements protecteurs comme une alimentation riche en fruits et légumes et une activité sportive. Des observations qui orientent et précisent les politiques de santé publique. Isabelle Romieu Médecin – chercheur en épidémiologie Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) - Lyon On a très clairement montré les effets des acides gras Trans, sur le risque de cancer du sein. Et plus récemment, les dernières analyses que nous avons conduites, tendent à montrer une augmentation des risques liés à la consommation de sucre d’absorption rapide – c’est à dire les confitures, les boissons sucrées – avec l’augmentation du cancer en post-ménopause. Donc, on a déjà assez de recommandations, pour essayer de diminuer son risque de cancer et d’autres maladies chroniques. Moi, si on me disait « qu’est-ce que tu recommanderais ? » je dirais l’activité sportive physique, et dès le jeune âge. On a des données maintenant, au niveau de l’adolescence, ça a un effet bénéfique à tout âge.