Recherche sur les cancers : tout s'accélère Mieux cibler les traitements

RECHERCHE SUR LES CANCERS : TOUT S'ACCELERE | MIEUX CIBLER LES TRAITEMENTS

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Karin Tarte Enseignant - chercheur en immunologie Inserm U917 Université Rennes 1 En cancérologie, depuis très longtemps, on sait utiliser des stratégies comme la chimiothérapie, qui vont détruire, par exemple, toutes les cellules qui prolifèrent. C’est très efficace, ça détruit très bien la tumeur ; ça détruit également très bien beaucoup d’autres cellules. Et les stratégies qu’on utilise depuis très longtemps, peuvent être efficaces, mais aussi très toxiques. COM : Grâce à une meilleure compréhension de la biologie des cancers, les chercheurs développent peu à peu de nouvelles thérapies, que l'on appelle des thérapies ciblées. Elles visent plus particulièrement la cellule cancéreuse. Anne Vincent-SalomonAnne Vincent-Salomon Pathologiste Dpt. Biologie des Tumeurs - Inserm U830 Institut Curie - Paris Une thérapie ciblée idéale, c’est une thérapie qui détruit les cellules tumorales, en épargnant les cellules normales du corps. Ca, c’est le schéma idéal. Est-ce qu’il existe à 100% ? Pas forcément complètement. Mais en tout cas, c’est vers cet objectif là, que les recherches doivent tendre. Fabrice André Médecin - chercheur en oncologie Inserm U981 Institut Gustave Roussy - Villejuif Les thérapies ciblées vont s’adresser spécifiquement aux mécanismes qui ont fait le cancer. Donc ce sont des traitements qui sont intelligents, parce qu’ils bloquent ce qu’a donné le cancer. Caroline Robert Médecin - chercheur Chef du service de dermatologie Institut Gustave Roussy - Villejuif On sait aujourd’hui, qu’on n’a pas un mélanome, on a des mélanomes. Or, depuis quelques années, on a progressé dans la compréhension de la biologie de cette tumeur. Et on s’aperçoit qu’on traite différents cancers, même si ça s’appelle toujours des mélanomes, et même s’ils sont toujours sur la peau. Et dans 50 à 60 % des cas, les patients ont un mélanome qui comporte une certaine mutation d’un gêne qui s’appel B-RAF. Aujourd’hui, on sait que quand on a affaire à un mélanome qui contient cette mutation de B-RAF, et quand on donne un traitement ciblé anti B-RAF, dans plus de 50% des cas, on a une réponse objective, c’est à dire qu’on voit la tumeur diminuer, les gens se sentent tout de suite mieux, et on fait les scanners, et on voit que les masses tumorales diminuent. C’est impressionnant, on ne connaissait pas ça jusqu’à présent. Il y a d’autres inconvénients, il y a quand même des effets secondaires, et surtout bien souvent , on est confronté plusieurs mois plus tard, à des reprises évolutives. Donc maintenant, on travaille sur comment juguler ces résistances secondaires. COM : Du mélanome métastasique à certains cancers du sein en passant par des pathologies digestives ou des leucémies, les succès des thérapies ciblées se multiplient. Jessica Zucman-Rossi Médecin - chercheur en oncologie Inserm U674 Université Paris Descartes Les cancers du foie c’est un problème de santé publique qui est important de par le monde, puisque c’est la troisième cause de mortalité par cancer sur l’ensemble de la planète. La thérapie ciblée qui est actuellement la plus employée s’appelle Sorafenib, qui est un médicament qui a prouvé son efficacité dans la prolongation de la survie. Mais il y a d’autres médicaments, beaucoup d’autres médicaments, qui sont actuellement testés dans le cadre d’essais thérapeutiques. Et on dénombre plus de 50 molécules qui sont actuellement en test, dont on espère beaucoup avoir les résultats dans l’année, et les trois années qui viennent. Olivier Delattre Médecin - chercheur en oncologie Inserm U830 Institut Curie - Paris Je dirais, probablement, à l'heure actuelle, il existe déjà plusieurs dizaines de thérapies ciblées, et plusieurs centaines sont en cours de développement. COM: Le mécanisme défaillant visé par la thérapie ciblée peut être commun à plusieurs cancers. Un même traitement peut donc servir à traiter différents cancers. Fabrice André Médecin - chercheur en oncologie Inserm U981 Institut Gustave Roussy - Villejuif Une des originalités des thérapies ciblées, c’est que le mécanisme qui est bloqué peut être commun à différents cancers. Par exemple, dans le cancer du sein, il y a une anomalie qui s’appelle l’expression d’une protéine, qui s’appelle HUR2. Et ça, c’est bloqué par un médicament, qui est une thérapie ciblée. Mais en fait quant on regarde dans les cancers de l’estomac, cette anomalie est également présente. Et donc la connaissance de cette anomalie dans le cancer du sein, a ensuite été appliquée au cancer de l’estomac, où des essais thérapeutiques ont été fait, avec la même thérapie ciblée. Et maintenant, ça commence dans le cancer du poumon, avec cette même anomalie. Patrick Mehlen Chercheur en biologie cellulaire CNRS UMR 5286 - Inserm U1052 Centre Léon Bérard - Lyon L’exemple le plus flagrant, et celui qui a révolutionné la médecine du cancer, c’est le Gilvec. Ce sont des chercheurs qui se sont rendus compte qu’il y avait une protéine, dans certaines cellules cancéreuses, qui était dérégulée ; une protéine qui s’appelle une Kinase, et donc ils ont développé un médicament contre cette Kinase. Olivier Delattre Médecin - chercheur en oncologie Inserm U830 Institut Curie - Paris Et la molécule a une activité très spectaculaire, sur une leucémie qui était, jusqu’à il y a une dizaine d’années, le plus souvent mortelle. Et la molécule a révolutionné, si je puis dire, le traitement de cette maladie. Patrick Mehlen Chercheur en biologie cellulaire CNRS UMR 5286 - Inserm U1052 Centre Léon Bérard - Lyon Et puis ils ont testé leur médicament, dans une pathologie qui, en fait, est une pathologie très rare, digestive, où le pronostic était assez mauvais. Et donc, les gens avaient assez peu de solutions thérapeutiques. Et les courbes se sont totalement inversées, c’est à dire que maintenant, les gens, pendant 5-10 ans, vont être complètement guéris de leur cancer. Patrick Mehlen Chercheur en biologie cellulaire CNRS UMR 5286 - Inserm U1052 Centre Léon Bérard - Lyon Il ne faut pas perdre de vue, qu’on a quand même, actuellement, des armes efficaces contre les cancers, qui sont la chimiothérapie, la radiothérapie, la chirurgie. Et les thérapies ciblées, qui sont en cours de développement, vont venir compléter un arsenal. On ne part pas de zéro. On part déjà d’une base, où plus de la moitié des cancers peuvent être traités.